La matrice GDE et sa place dans l'enseignement de la conduite

La matrice GDE, pour Goals for Drivers Education, permet de structurer et de mieux comprendre les compétences nécessaires pour apprendre à conduire en toute sécurité. C'est un groupe de chercheurs de l'université finlandaise de Turku qui a proposé ce modèle théorique du comportement de la conduite. L'idée était de mieux comprendre les mécanismes de fonctionnement et d’agissements d’un conducteur grâce aux 5 intitulés de compétences répartis sur 3 niveaux qui la composent.

Au sommaire :

Jeune conductrice realisant une manoeuvre

L'objectif de la matrice GDE

Depuis 50 ans, l'accidentalité des jeunes est devenue un véritable fléau dans tous les pays du globe, et ceci quel qu’en soit le niveau socioéconomique. D’après l’OMS, les accidents de la route sont la première cause de décès des 15-29 ans. Il semble donc légitime de se demander si la formation des jeunes conducteurs dans tous ces pays est assez efficace ?

Depuis des décennies, le sur-risque d'accidents des jeunes conducteurs retient trois facteurs importants : le sexe, l'âge et l'inexpérience. Les statistiques d'accidentologie montrent que les individus masculins ont un sur-risque d'accident par rapport aux femmes, 73% des tués étant des hommes, toujours d'après l'OMS. L'âge est un facteur qui s'explique par le fait que le cerveau n'est pas encore totalement formé. Et le facteur de l'inexpérience est lié au fait que le risque d'accident dans les 6 premiers mois de permis de conduire est plus important (tous âges confondus).

Il faut donc comprendre comment les conducteurs réagissent face à différentes situations pour pouvoir adapter la formation à chaque individu, homme, femme, jeune, moins jeune, expérimenté ou novice. Tous les usagers de la route réagissent différemment, selon leur mode de vie, leur rythme de vie, leurs influences, etc. En analysant ces critères, il est alors plus facile d'adapter l'apprentissage de la conduite à chacun, et de se sentir plus concerné pour mieux appliquer les principes de sécurité sur les routes.

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La formation au permis de conduire avant la matrice

Il y a quelques années, l'objectif des apprentis conducteurs était uniquement d'apprendre à manipuler le véhicule pour pouvoir se déplacer. Malheureusement, cette vision simpliste de l’apprentissage de la conduite est encore d’actualité pour la majorité des jeunes apprentis.

Il est primordial de changer cette idée. Apprendre à conduire, ce n'est pas que manipuler le véhicule pour se déplacer et avoir ses "premiers instants de liberté". Apprendre à conduire, c'est partager un espace avec plusieurs autres catégories d'usagers qui ont chacune des spécificités qui nécessitent d'adapter son comportement pour réduire le risque d'accident. Il faut aussi savoir résister aux pressions extérieures, sociales et autres pour mettre en oeuvre une conduite en toute sécurité.

Candidate a l'examen du permis de conduire serrant la main de son moniteur

La matrice dans la formation

C'est justement pour changer ces idées, changer les comportements et réduire les statistiques d'accidents que la matrice GDE s'intègre à la formation des conducteurs français depuis 2013.

Elle comporte ainsi 5 niveaux :

  • Le premier niveau "Maniement du véhicule", correspond aux compétences de base pour manipuler le véhicule, comme utiliser la boîte de vitesses, le volant, contrôler la direction, la vitesse, etc.
  • Le second niveau "Maîtrise des situations de circulation", correspond aux connaissances des règles et leur application.
  • Le troisième niveau "Objectif de la conduite" rentre dans un contexte sociétal, quel est l'objectif de mon déplacement ?
  • Le quatrième "Projet de vie" intègre le déplacement dans mon cadre de vie professionnel et personnel, les capacités de maîtrise de soi.
  • Le cinquième et dernier niveau "Pressions sociétales", et plus globalement économiques et politiques, concerne l'environnement social et relationnel qui peuvent affecter la conduite.

Représentation d'une matrice GDE

L’objectif affiché de cette matrice est donc de pouvoir inciter les futurs conducteurs à réfléchir sur tous ces niveaux pour chacune des compétences abordées lors de la formation. Sait-il utiliser le véhicule ? Connaît-il la règle ? Selon le trajet prévu doit-il utiliser ce véhicule ? Peut-il modifier sa conduite parce qu'il est en retard à un rendez-vous ? Ses passagers peuvent-ils influencer sa conduite ?

Mais la matrice ne s'arrête pas là. Comme il est important de connaître les risques inhérents à la conduite pour pouvoir adapter son comportement en conséquence, la matrice ajoute 3 dimensions à ces niveaux :

  • La première dimension "Connaissances et capacités" traite des savoirs et savoirs-faire nécessaires pour maîtriser son véhicule dans des conditions de circulation normales.
  • La seconde dimension "Facteurs d'accroissement du risque" traite des connaissances nécessaires pour déterminer et contrôler les risques.
  • Et la troisième dimension "l'auto-évaluation" permet à l'apprenti conducteur de mieux se connaître, d'évaluer s'il sait manipuler les commandes, s'il connaît la règle, s'il sait quel comportement adopter, s'il connaît les risques. Cette dimension permet également au jeune conducteur de définir s'il pense pouvoir être influençable et, si oui, comment peut-il y résister.

Cette grille complète permet aux futurs conducteurs de ne plus chercher seulement à savoir manipuler un véhicule, mais également à connaître ce qui les entoure, comme les risques pour pouvoir adopter une conduite sécuritaire, ou encore savoir s'ils ont atteint les compétences nécessaires pour cela. C’est une réflexion que doivent avoir tous les apprentis conducteurs, non seulement de leur côté mais aussi à travers des discussions avec leur enseignant de la conduite, qui vont leur permettre d'appliquer une conduite sécurisée s'inscrivant dans le temps.

L'enseignant va pouvoir aider l'apprenti conducteur à évoluer pendant tout son apprentissage pour devenir un conducteur responsable, qui va prendre en compte les usagers qui l'entourent et les risques présents. Le conducteur de demain sera un conducteur qui partagera l'espace routier et non plus un conducteur qui va utiliser son véhicule pour se déplacer.

C'est en cela que la formation à la sécurité routière est individualisée et s'inscrit dans une lutte contre l'insécurité routière.

Nos villes couvertes par la conduite :